EN UNE PHRASE

Ever, Rêve, Hélène Cixous filme les chemins de la création empruntés par une légende du féminisme, une figure de Mai 68, une célèbre dramaturge et poète ayant pris part à toutes les « guerres de libération » de notre époque.

SYNOPSIS
 
 
 
 

Universitaire et cinéaste français et américain, Olivier Morel a réalisé plusieurs films long métrage documentaires et est l’auteur d’essais, ainsi que d’un roman graphique avec l’artiste Maël. Il enseigne au département de Film, Télévision et Théâtre de l’Université de Notre Dame aux USA. Il a suivi les séminaires de Jacques Derrida, ainsi que ceux d’Hélène Cixous, à laquelle il a consacré plusieurs études. Son travail cinématographique a reçu de nombreuses distinctions, et comprend, notamment, On the Bridge (L'Âme en sang, Amerikas Verletzte Seelen), 97 minutes, Zadig Productions, ARTE Grand Format, 2011; Germany as Told by Christoph Hein, Vladimir Kaminer, Emine Sevgi Özdamar and Bernhard Schlink, 55 minutes, Seconde Vague Productions, ARTE, 2013; Ever, Rêve, Hélène Cixous, 118 minutes, Zadig Productions, 2018; Profils 14-18, webdocumentaire, TV5-Monde, 2019.

Olivier Morel, Réalisateur et Photographie

Après l’obtention d’une maîtrise d’histoire en 1997, Céline Nusse a contribué pendant dix ans à la production de films de cinéastes reconnus comme Nino Kirtadzé, Pavel Lounguine, William Karel et Patrick Jeudy avec Roche Productions. En 2007, elle a rejoint Zadig Productions, d’abord comme directrice de production, puis comme productrice. Céline travaille en collaboration avec Paul Rozenberg. Ensemble, ils ont produit plus de trente documentaires qui privilégient la vision d’auteur. Elle a ainsi produit des films de Ruth Zylberman, Nino Kirtadzé, Stan Neuman, Julie Gavras et Charles Enderlin, parmi d’autres.

Céline Nusse, Productrice

Après des études d’histoire, de journalisme et un cursus spécialisé dans le film documentaire de création, Florence Guinaudeau est devenue assistante de production à partir de 2011. Comme directrice de production elle œuvre aux côtés de Céline Nusse et Paul Rozenberg. Accompagnant le travail de cinéastes affirmant une forte vision d’auteur, Florence Guinaudeau a œuvré avec les réalisatrices Nino Kirtadzé, Julie Gavras et Ruth Zylberman, ainsi que les réalisateurs William Karel, Stan Neuman, Jérôme le Maire, Yves Jeulland, Didier Cros et Frédéric Compain.

Florence Guinaudeau, Directrice de Production

Après la Fémis, Gertrude Baillot a commencé sa carrière en 2003 comme directrice de la photographie du long-métrage de Claire Doyon Les lionceaux (séléction officielle, Cannes, 2003), avant de de co-réaliser le documentaire Les enfants du fond du lac pour Arte, ainsi que Mon voyage avec Jérémy et, plus récemment, Souriez, vous êtes mariés ! Elle signe ainsi l'image de nombreux court-métrages et documentaires avec des cinéastes comme Esther Hoffenberg, Florence Mauro, Yacine Baday, Valérie Mrejen, Wissam Charaf... Elle est à l’initiative de LUCO, une association de chefs opérateurs-trices. http://www.gertrudebaillot.com

Gertrude Baillot, Photographie

Après son diplôme de l’école nationale Louis Lumière, Emmanuelle Collinot devient l’assistante image de Christophe Pollock et travaille alors avec Jacques Doillon (Le Jeune Werther, Un homme à la mer, Trop peu d’amour), Anne Fontaine (Les histoires d’amour finissent mal en général), Jean-Marie Straub et Danielle Huillet (Lothringen), ainsi que Jean-Luc Godard (Eloge de l’amour). Directrice de la photographie depuis 2000, Emmanuelle a signé l’image de Véloma de Marie de Laubier, de La chambre des Parents de Pascale Breton, et, depuis 2008 des films de Sophie Filières, Un chat, un chat, Arrête ou je continue, La Belle et la Belle. Elle travaille aussi avec Edwin Bailly, Elisabeth Rappeneau et Philippe Venault pour des fictions TV. Emmanuelle a également signé l’image de nombreux documentaires-portraits, Simone Veil (réalisation Caroline Huppert), Ariane Mnouchkine (réalisation Catherine Vilpoux), Julia Kristeva (réalisation Téri Wen Damish), Maurice Nadeau (réalisation Ruth Zylberman).

Emmanuelle Collinot, Photographie

Jean-Gabriel a fait ses débuts à la réalisation avec un film acclamé autour des sans-abris et de la drogue à Paris. Athlète accompli, notamment spécialisé dans l’escalade, il est connu pour son film long métrage 99 jours sur la glace, qu’il a tourné en marchant à travers l’Océan Arctique jusqu’au Pôle Nord. Jean-Gabriel a développé une approche versatile du cinéma, qui lui permet de travailler dans des conditions extrêmes, comme les zones de guerre (Irak et Afghanistan), sous les eaux glacées du Groenland, sur des volcans actifs en Afrique de l’Est ou à travers des zones reculées de la Papouasie occidentale. Il a aussi exploré de nouvelles avenues de l’art cinématographique en prêtant ses talents au projet de documentaire expérimental 3D du photographe de guerre Karim Ben Khelifa, The Enemy. Son travail d’opérateur et de réalisateur a attiré plus de 40 prix et distinctions internationales et a été vu sur de nombreuses chaînes de télévision, telles National Geographic, Discovery, France Télévision, la BBC, DR1, Arte…

Jean-Gabriel Leynaud, Photographie

Compositeur prolifique, musicien aux talents multiples, inventeur d’instruments et maître luthier, Jean-Jacques Lemêtre est un génie internationalement reconnu, qui fut repéré dès l’enfance. Lemêtre est notamment connu pour une approche créative qui mêle les traditions musicales de différentes périodes et de divers pays et cultures. Cette recherche l’a conduit à constituer ce qui est aujourd’hui l’une des plus importantes collections d’instruments de musique au monde, incluant notamment des objets issus d’endroits où les musiciens connaissaient les persécutions, conduisant à la destruction de leurs savoirs et de leurs instruments. Lemêtre est devenu l’emblématique figure de l’iconique Théâtre du Soleil, avec lequel il a signé toutes les créations musicales de la troupe d’Ariane Mnouchkine depuis quarante ans. Les œuvres de Cixous et Lemêtre sont liées. Ever, Rêve, Hélène Cixous incarne cette complicité poétique.

Jean-Jacques Lemêtre,

Musique Originale

Né à Wroclaw, en Pologne, en 1955, Paul Rozenberg a plus de vingt-cinq ans d’expérience comme producteur de films de fiction et de films documentaires. Connu pour son indépendance ainsi que pour la singularité artistique de ses productions, avec Ima Productions dans les années 90, puis Zadig Productions depuis 2001, Paul a produit des œuvres internationalement acclamées, signées Chantal Ackerman, Olivier Assayas, Claire Denis, Cédric Kahn, Abbas Kiarostami, André Téchiné, et Cyril Mennegun, entre autres. En 2008, il a reçu le Prix du « Meilleur producteur de l’année ». Cette année-là, son film Durakovo, le village des fous (réal. Nino Kirtadzé) a remporté le Prix de la meilleure réalisation dans la catégorie « Cinéma du monde » au Festival de Sundance.

Paul Rozenberg, Producteur

Au fil de vingt ans d’expérience en tant que monteur et étalonneur, Matthieu Augustin a monté plus de quarante films majeurs ayant été sélectionnés par les plus prestigieux festivals à travers le monde (Cannes, IDFA…). La plupart de ses films sont sortis en salles de cinéma, et ont été diffusés par des chaînes de télévisions dans le monde entier. Au-delà de la notion traditionnelle d’accompagnement de la vision filmique de l’auteur-trice, Augustin est connu pour sa capacité à faire éclore l’expression cinématographique qui repose au cœur du désir viscéral de créer. Cette approche lui permet notamment d’accompagner un projet de film dans la durée, bien avant la phase de montage proprement dite.

Matthieu Augustin, Monteur

Française et allemande installée à Paris, Sarah Blum est née à Berlin en 1980. Elle est connue pour son travail sur le film de Ayat Najafi’s No Land ́s Song, sorti en salles en France et en Allemagne en 2016, ainsi que le film de Nurith Aviv Traduire, sorti en salle en 2011, et celui de Jérôme de Missolz Les Jeunes Gens Modernes, sorti en 2011 et sélectionné au festival de Cannes. Le travail de Sarah Blum avec des cinéastes de renom tels Alice Diop, Mathilde Justine Pluvinage, Shirin Abu Shaqra et Joao Viana a été montré dans de nombreux festivals.

Sarah Blum, Photographie

Né en 1979, la carrière cinématographique de Cédric s’est lancée en 2005 avec Musafir (Festival du film Jean Rouch), un film musical autour de la musique traditionnelle du Rajasthan, en Inde. La plupart de ses films explore le lien entre musique et environnement, et envisagent les pouvoirs magiques et révolutionnaires de la musique en termes de plaisir visuel, de projections politiques et d’aventures métaphysiques. C’est le cas de We Don't Care About Music Anyway... qui décrit la musique avant-gardiste et radicale de la scène underground du Tokyo contemporain. C’est également le cas de Kings of the Wind and Electric Queens qui a gagné un prix aux Hot Docs en 2014.

Cédric Dupire, Photographie

Sana a grandi au Pakistan, ce qui informe la plupart de ses inspirations artistiques. Sa créativité est marquée par Lahore, une ville dont elle aime les nids-de-poule des avenues autant que la beauté des fresques Moghol et des influences coloniales. Son sens artistique tient également à la contemplation de la cathédrale de style gothique de Karachi et des arabesques qui couvrent ses dômes. C’est munie de ce paysage visuel que Sana a engagé des études supérieures d’art, d'arts graphiques et de communication visuelle à l’Université de Notre Dame (USA), où elle enseigne aussi dans ce domaine. Avant de faire partie de ce programme doctoral, Sana était directrice artistique dans une agence de publicité, dans laquelle elle liait ses compétences en design et en marketing.

Sana Khan, Poster & Web Design

 

Photos © Olivier Morel

Prononcer ses noms

Pourquoi ai-je toujours eu le vertige face à l’étrange insuffisance de toute notice biographique consacrée à Hélène Cixous ? … Oh, d’ailleurs, entre parenthèses, comment prononce-t-on son nom ? On me demande : « Est-ce qu’elle dit ‘Cixou’ sans ‘s’ ou bien ‘Cixousss’ ? » Euh… Pourquoi est-ce important ? Je ne sais plus trop. Je la filmais à Berlin. Elle portait une épinglette « Cixous and the Banshees ». Oui-oui. Certaines personnes disent « Siouxsie ». Siouxsie comme Siouxie Sioux (la célèbre rock star). Elle riait. Une fois, j’ai entendu quelqu’un dire : « Cixsioux ». Sans blague ? Prononcé comme « Seeex-See-Youxxx ». Six Sioux. Comme ça se prononce, ça défie la bio, or, sans biographie, pas de film. On m’a dit.

 

Ils-elles chantent son nom. Différents noms, différents accents, différentes bios. C’est la chanson de « Cixous voyage ».

 

Encore et encore. Dois-je ruminer les arguments habituels ? Du style : « la bio ne fait jamais justice » ou bien que « les bios mentent toujours d’une manière ou d’une autre » (vous y croyez aux « bios » de ce site web ?), voire, comme Cixous nous le rappelle, le fait que les biographies racontent toujours une histoire à la place d’une autre. J’ai bien peur que la question biographique demeure à jamais une impasse. Mais je n’ai pas peur de la musique des « Cixous » mal prononcés, voire imprononcés, lorsqu’on prononce son nom. Elle, reconnaît son nom. Elle rie.

 

Je me souviens. Il fut un temps dans la salle de montage, où j’ai pensé que ce film s’appellerait « Ever, c’est son nom : Hélène Cixous ». Ever, c’est la littérature.

 

Où en étions-nous ? Ah oui. Le mythe du « film consacré à… », écrit comme une fiche d’état civil : « Cixous » est connue dans le monde entier pour son manifeste féministe-littéraire de 1975, Le Rire de la Méduse. Elle est aussi célèbre pour son œuvre dramaturgique. Depuis la fin des années soixante-dix, elle écrit en harmonie avec le Théâtre du Soleil. Cixous a fondé l’Université de Vincennes après Mai 68, avec Deleuze et Foucault. Un an avant, elle avait fait une entrée spectaculaire sur la scène littéraire avec Prénom de Dieu, qui obtint le Prix Médicis. Etc. Etc. Comme ça, un film comme ça, ça va ?

 

Ai-je jamais lu ce à quoi je pense souvent ? Que ses liens avec Derrida pourraient être semblables à ce qui liait Montaigne à La Boëtie ? Ou bien était-ce Tristan et Iseult ? Des noms… toujours des noms. Comment évoquer Cixous l’Algérienne, l’Allemande, comment nommer sa (relation à la ?) judéité, dans ces contextes et au-delà ? Osnabrück, Golders Green à Londres, Jérusalem ? Paris ? Bordeaux ? Montaigne ? Encore des noms. Que faire de toutes ses guerres de libérations ?

 

Donc… pourquoi ai-je toujours cette sensation inadéquate face aux bios de Cixous ? Parce qu’il ne s’agit pas de sa bio. Le film n’est pas un film « sur » Cixous de toute façon. C’est un film autour de ce qui arrive lorsqu’Hélène médite avec l’artiste Adel Abdessemed : qu’il n’est d’artistes heureux que ceux qui ont connu le malheur.

 

Hélène est une artiste heureuse. Le suis-je aussi ?

 

Sur ce dernier mot, elle rit. Dans la nuit, je vois son sourire. La projection a déjà commencé.